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Dans notre parcours de pédopsychiatres, nous avons été amenées à nous intéresser de plus en plus au travail psychanalytique avec les familles. Nous nous sommes rendu compte, à travers notre pratique clinique, que les avancées du travail psychothérapeutique individuel avec l'enfant pouvaient souvent être annulées par la persistance d'un dysfonctionnement familial non élaboré. Au fil de nos années de supervision avec Danielle Flagey, pionnière du travail avec les familles à la Société Belge de Psychanalyse, il nous est apparu que l'enfant était le réceptacle d'identifications projectives pathologiques de la part de ses parents et qu'il était ainsi acteur de scenarii inconscients familiaux dont le symptôme pouvait être la partie émergente. Un travail préliminaire avec la famille nous semble, de toute manière, nécessaire, avant de poser une indication thérapeutique afin de dégager le psychisme de l'enfant des projections parentales qui pourraient entraver son développement. Dans certains cas, ce travail peut être bref et suffit à re-délimiter les espaces psychiques de chacun, ouvrant l'espace d'une psychothérapie psychanalytique individuelle pour l'enfant. Dans d'autres situations, quand les mécanismes de clivage et de dénis familiaux sont trop serrés ou trop destructeurs pour l'enfant, l'indication d'une thérapie familiale doit être posée.
Il y a 20 ans, quand nous avons commencé notre pratique, l'approche de la clinique pédopsychiatrique était une approche qui « clivait » fa famille en faisant voir ses différents membres par des intervenants différents, pendant des temps différents. L'assistant social faisait l'anamnèse avec les parents, le pédopsychiatre voyait l'enfant pour poser un diagnostic, éventuellement un psychologue lui faisait passer des tests cognitifs ou projectifs. Après ce parcours du combattant, les « conclusions » étaient remises à la famille assorties d'une proposition thérapeutique, donnée comme une prescription, difficile à introjecter.