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Les patients qui s'adressent à nous, analystes, veulent se libérer de leurs symptômes, de leurs inhibitions, de certains fantasmes contraignants, de leurs obsessions, bref: ils veulent se libérer de leur fonctionnement névrotique, psychotique, parfois, par défense bien sournoise, d'un fonctionnement extrêmement pauvre. Bien entendu, habituellement ils ne formulent pas leurs aspirations de cette manière-là. Dans un premier temps, ils ne sont pas conscients qu'ils cherchent à gagner une liberté par rapport à ce qui les enferme, notamment la compulsion de répétition, plus ou moins bien déguisée.
Or, est-ce que nous, psychanalystes, croyons que l'expérience psychanalytique peut aider à trouver une liberté qui va au-delà de la simple disparition de symptômes? Comment pouvons-nous, avec notre conception d'un fonctionnement psychique inconscient, concevoir une quelconque liberté de l'être humain alors que nous connaissons si bien la surdétermination de la pensée inconsciente et consciente de l'homme, la surdétermination aussi de son vécu et de son fonctionnement psychique en général !
Au-delà d'une créativité trouvée ou retrouvée (1), au terme d'une analyse, au delà d'une libération-relative-de symptômes, qu'entendrions-nous comme « espaces de liberté » dégagés éventuellement à partir de l'expérience psychanalytique? La psychanalyse serait alors non seulement une thérapie qui peut aider à se libérer de symptômes, de la compulsion de répétition et ainsi à accéder à un autre fonctionnement mental, mais aussi une pratique qui aurait un potentiel émancipateur plus général.
Les découvertes freudiennes quant au fonctionnement psychique nous laissent quelque peu perplexes face à la question de la liberté de l'homme, sa liberté de disposer de ses facultés potentielles, de ses facultés de jouir, mais aussi de ses facultés de perception et de pensée.
Nous nous souvenons tous de l'affirmation de Freud que « le moi n'est pas maître dans sa propre maison.» (1917, p. 50)