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Cet article évoque l'irruption du paramètre culturel dans le champ de la psychanalyse, après un rappel préalable des débats qui ont opposé psychanalystes et ethnologues. Nous commencerons cependant par un bref regard sur les termes «culture» et «civilisation» dont le sens peut varier selon l'époque considérée ou la discipline envisagée.
Les historiens, soucieux de datations et de repères temporels, ont commencé par décrire des «civilisations» (civilisation égyptienne, civilisation aztèque, etc.). Puis, dans un temps second, suite notamment à l'impact de l'école des Annales, sont apparus les historiens des mentalités qui décrivent l'évolution des sensibilités culturelles et dont nous reparlerons plus loin à propos du Surmoi culturel.
Les ethnologues ont abandonné le terme de «civilisation» pour celui de «culture» (R. Meyran, 2003). En effet, le XIXe siècle et le début du XXe s. sont marqués par le règne d'une anthropologie évolutionniste influencée par les idées biologiques de Darwin et de Lamarck. Les occidentaux pratiquent un ethnocentrisme tranquille, en toute bonne conscience, persuadés que s'il existe DES cultures, il n'existe, à un niveau supérieur, qu'UNE SEULE civilisation, la civilisation européenne évidemment ! Le Freud de «Malaise dans la Culture» n'est pas libéré de cet ethnocentrisme ambiant (voir Saïd E.W., 2004). Peu à peu, notamment avec la diffusion des études de terrain mais aussi en raison de faits historiques que nous évoquerons plus loin (l'holocauste commis par les nazis par ex.), les ethnologues sont devenus plus modestes, moins ethnocentriques. Ils ont délaissé le terme de «civilisation» pour le remplacer par celui de «culture» (Meyran, 2003).