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Vienne, 1897. Karl Lueger, l'un des premiers grands agitateurs antisémites du 20ème siècle, chrétien-social, prend ses fonctions de bourgmestre de la ville auxquelles il a accédé voici quatre ans, dont l'installation, retardée par l'empereur, signe l'échec complet du libéralisme entamé par le krach de 1873. C'est la voie libre au retour des nationalismes exacerbés et de la judéophobie, de la haine des Juifs contraints, bon gré mal gré, de redéfinir leur identité juive, comme le souligne Jacques Le Rider dans son beau livre Modernité viennoise et crises de l'identité. Une crise sur laquelle insistent d'ailleurs tous les historiens de la société viennoise en cette période de fin et début de siècle.
Vienne, 1897. Sigmund Freud est seul, pire: isolé. Isolé dans cette Vienne adorée et abhorrée comme il le dira à la fin de sa vie. Bien loin d'être le chercheur célèbre et reconnu que l'on connaît, il se voit refuser le poste de professeur à l'université où il enseigne comme Privatdozent, et quelque peu rejeté par la communauté scientifique. Il faut dire que ses découvertes dérangent. Il n'a que son ami Fließ, médecin berlinois, juif comme lui, avec qui il entretient une correspondance exceptionnelle depuis dix ans, faite de ses travaux, notes de recherche, hypothèses, manuscrits et analyses cliniques.
En cette année 1897 donc, ce chercheur solitaire se trouve de plus en plein deuil, victime de «l'événement le plus important, la perte la plus déchirante d'une vie d'homme » (Traumdeutung, préface , p. 4), à savoir la disparition de son vieux Juif de père en octobre 1896, Jacob Freud - dont le nom est sans doute dérivé du prénom de l'arrière grand mère de son père, « Freide », la famille