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La première question à se poser est celle des liens éventuels entre les sciences humaines et l'éthique. À première vue, on serait tenté de nier tout lien, en considérant que la science ou le descriptif (ce qui est) n'ont pas à dicter le prescriptif (ce qui doit être); mais la réponse à la question est en fait loin d'être aussi simple!
Maurice Godelier, dans Au fondement des sociétés humaines, nous rappelle les liens qui unissent la naissance des sciences humaines et l'apparition des régimes démocratiques, consécutive à la pensée des Lumières.
Les sciences humaines ne sont pas neutres: de façon plus ou moins explicite, elles sont infiltrées par des affects, une sensibilité, des jugements de valeur et des positions éthiques. Les monographies les plus sérieuses des ethnologues ou des historiens ne peuvent se déprendre de présupposés éthiques, quand on écrit par exemple que «telle tribu indienne est extrêmement courageuse au combat», que «Néron était un despote cruel» ou que «Hitler débordait d'une haine fanatique».
Les écrits psychanalytiques ne sont pas plus neutres, quand nous y lisons «l'évolution d'un Surmoi sadique vers un Surmoi protecteur», «l'apparition d'identifications de plus en plus raffinées ou discriminatrices». On y évoque par exemple des «patients incapables de relation à des objets totaux» ou «dépourvus de capacité de sollicitude».
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que «devoir» implique «pouvoir», «avoir la capacité d'agir».
Ainsi, pour pouvoir débroussailler l'éventail des choix réalistes ou simplement envisageables, il faut disposer d'une évaluation soigneuse de la situation, avec ses impasses et avec ses multiples déterminants. Signalons ici la vertu particulière de la psychanalyse, qui est d'élargir l'espace de liberté (cf. Heenen-Wolff) en dissolvant les contraintes inconscientes et la compulsion de répétition.
Récemment, un patient névrotique en analyse me disait: «Je me rends compte que ma psychanalyse élar