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Avec le projet de fonder une famille, le couple homosexuel lesbien, constitué sur le choix du même, dans une sexualité apparemment à l'opposé de celle du couple parental hétérosexuel, que ce soit dans une tentative de réédition du couple primaire idéalisé ou dans un évitement plus névrotique du contact avec l'homme, est renvoyé au prototype de toute famille: le couple originaire homme-femme.
Le projet lui-même, impliquant de décider qui sera la mère biologique et qui sera la mère sociale, fissure déjà le couple sexuellement identique et l'ouvre sur ses différences et sur cette question: c'est quoi le deuxième parent, de sexe féminin qui n'est pas la mère biologique, et qui n'est pas un père ? Ça fait quoi, ça se situe comment entre la mère et le bébé?
Les doutes, la perplexité sur la dénomination qui sera proposée à l'enfant pour la mère sociale, reflètent bien ce flou dans la représentation de cette filiation originale. Il est frappant, cependant, d'entendre les mères sociales souvent décrire leur place et leur rôle en termes qui évoquent la fonction paternelle.
En fait, pour les deux partenaires, le souhait d'enfant convoque les inscriptions de relations avec leurs parents, les représentations de rôles du père, de la mère, leurs conceptions de la fonction maternelle et de la fonction paternelle, tout ceci sur fond d'activation de la scène primitive et des théories sexuelles infantiles.
D'où l'hypothèse que, dans ces couples, les identifications bisexuelles sont particulièrement mobilisées par ce projet. D'autant plus que c'est, peut-être, dans les couples homosexuels que les fantasmes bisexuels circulent avec la plus grande liberté, puisque dégagés de toute référence anatomique ou rôle sexué socialement prédéfini.