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«Pourquoi pas? rétorqua le Lièvre de Mars»
S'agissant d'un début, dans une affaire d'écrit, la première lettre de notre alphabet usuel, comme aussi du clavier AZERTY, pouvait en effet présider au choix d'un titre.
Ce début, toutefois, est un relais, passage de témoin dans une reprise collective — une entre-prise: de l'auteur au lecteur, l'édition installe un site de rencontre entre des désirs d'expression et d'impression.
Lorsque Tim Burton1 tourne Alice utilisant, avec l'aide de Linda Woolverton, scénariste chez Disney et auteure de romans pour adolescents (Star Wind), l'œuvre de Lewis Carroll2 (illustrée par John Tenniel), il offre au spectateur de 2010 une nouvelle création: une sorte de troisième acte, où la petite Alice, initiée au Pays des Merveilles, revenue de l'Autre côté du Miroir, reprend en fin d'adolescence le chemin du pays carrollien pour laisser l'aventure prendre place dans sa vie de jeune femme3.
Réalisateur de l'imaginaire d'un trentenaire victorien “pasteurisé” cherchant dans la logique de l'inconscient la source et l'issssue de son attrait pour les fillettes prépubères, Burton met en scène la violence du non-sens que doit affronter l'adolescence contemporaine pour conserver le droit de rêver un monde possible. Telle est en effet l'actualité d'Alice, et l'importance de ce film pour les cliniciens de l'adolescence. Comment “devenir soi-même”, comment réussir cette appropriation subjectivante conjointe de soi et du monde, sinon en recherchant la “chute suffisamment bonne” qui brouille d'abord les repères pour permettre, difficilement et périlleusement, d'exercer sa violence trans-formatrice pour rendre habitable un monde “adulte” dont la folie est occultée par la banalité et dont la désubjectivation collective est justifiée par “les contraintes du marché”.