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En quoi le verbatim, c'est à dire le récit au plus près des mots échangés, serait-il la voie la plus juste ou la plus “vraie”, la plus évocatrice pour rendre compte d'une séance? La question lapidaire est celle qui a inauguré un travail de recherche en groupe sur la spécificité du travail analytique1. La question “Sous quel mode rendre compte des séances?”, a soulevé des objections quant à l'usage du verbatim qui, en ne faisant pas la part belle aux Einfall de l'analyste, ne permet pas l'évocation des différents niveaux de l'état psychique durant une séance.
Le verbatim ne s'est-il pas imposé, historiquement parlant, quand les analystes n'ont plus pu parler ensemble dans la même langue, n'ont plus eu cet espace d'échanges, de sensibilité et d'histoire partagés par ceux qui sont liés par une référence langagière commune? Il fut un temps, en effet, où les analystes utilisaient la même langue et de plus, en avaient souvent plusieurs à leur disposition, déployant ainsi un jeu traductif. Ceci n'empêchait pas pour autant Freud d'émettre des réserves sur la possibilité d'écrire des histoires de cas, comme il l'a souvent énoncé! Le verbatim, comme mot à mot, barre un tel déploiement associatif, oblitère une pérégrination entre les mots bien qu'il tente de maintenir le récit d'une communication analytique la plus précise possible. Laurence Apfelbaum2 évoque les tentatives d'analystes, américains entre autres, pour, au nom d'une modernité, faire disparaïtre de la clinique freudienne le récit de cas.
Le verbatim est revenu en force comme tentative privilégiée des relations inter-analytiques sous l'impulsion de Clarence P. Oberndorf3, éminent psychiatre américain, très actif au sein de l'American Psychoanalytic Association qui développa ce mode d'échanges dès les années 1930. Davantage préoccupé par la dimension phénoménologique que par la dimension métapsychologique de la clinique, il œuvra pour que les récits et exposés soient détaillés comme les minutes