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Si la psychanalyse a longtemps été considérée comme subversive, et si cette position continue d'être défendue par certains, force est de constater qu'elle est devenue en fait de plus en plus normative, générant une orthodoxie, qui fige la théorie et la clinique dans des moules pré-programmés, organisés par un idéal du Moi analytique qui décourage les approches innovantes et les remises en question. Or on sait que toute science ne peut survivre que si elle se renouvelle en permanence. La perpétuation des savoirs non interrogés, non interrogeables est pour n'importe quelle discipline une condamnation à mort ou une forme de suicide.
Face à cette position dominante et paralysante, je propose d'adopter une position périphérique. En effet, une vision périphérique apporte des éclairages sur ce qui est au centre qu'une vision centrale ne donne pas. Au centre, on risque d'être aveuglé et trop engagé dans les mouvements majoritaires qui exercent une véritable emprise. Il me paraît d'autant plus intéressant de développer ces idées dans une revue belge, car les pays francophones hors de la France ont, me semble-til, une liberté de ton et de pensée, qui est due à l'éloignement du pôle central et une plus grande ouverture aux apports extérieurs. De plus, la présence de (au moins) deux langues situe la plupart de ces pays, dont la Belgique, dans une tour de Babel qui soulève la question du bilinguisme, question d'une brûlante et douloureuse actualité. Le rapport entre les deux langues sera-t-il conflictuel ? Et le conflit pourra-t-il être soutenu ? Ou s'agit-il d'un clivage qui pourrait être fatal ?
Comment faire cohabiter - que ce soit au niveau d'une nation ou à l'intérieur d'une personne - deux langues différentes, c'est à dire deux registres du fonctionnement psychique différents, car à chaque langue correspond un mode de pensée particulier. J'avais raconté dans mon premier ouvrage2 comment, dans mon enfance, la confrontation avec