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Après que Freud ait construit le modèle bien cohérent de la névrose, conflit centré sur le complexe d'œdipe (Freud 1894, 1898), d'autres concepts ont envahi la nosographie psychanalytique ces dernières décennies : personnalités « as if » d'Hélène Deutsch (Deutsch, 1942), « faux self » de Winnicott (Winnicott, 1949), états-limites d'Otto Kern-berg (Kernberg, 1975) et de Jean Bergeret (Bergeret, 1975), pathologie du Self de Kohut (Kohut, 1971) ou troubles narcissiques-identitaires de René Roussillon (Roussillon, 1999).
Psychiatres, psychologues et psychanalystes se retrouvent bien sûr aux premières loges pour affronter de telles souffrances, avec parfois l'impression décourageante de tenter, selon Colette Chiland, d'écoper l'océan de la misère humaine avec une petite cuillère (Chiland, 1992).
Nous manquons peut-être de recul pour penser ce mal-être car nous sommes plongés dans notre culture et donc prisonniers de scotomes culturels. Pour pouvoir lier ce mal-être à l'évolution du socius contemporain, il est nécessaire aux psychanalystes d'interroger d'autres sciences humaines, la sociologie d'abord mais, comme les sociologues sont eux aussi immergés dans notre socius, il faut écouter également les historiens et les anthropologues qui disposent, eux, d'un recul beaucoup plus important. Cela nous permet alors d'interroger les dénis, les désaveux, les scotomes, les choix implicites sur lesquels est construit l'ethos de notre société occidentale contemporaine.
Un piège à éviter est celui du déclinisme, de la nostalgie style « tout était mieux avant ! »; bien sûr, les conditions matérielles et sanitaires des populations occidentales se sont améliorées dans des proportions incroyables; cet article conservera néanmoins une tonalité globale assez sombre dans la mesure où il s'attache à cerner les aspects du mal-être contemporain.