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C'est ce que déclare Jacqueline Harpman dans l'un des textes réunis dans ce volume, Relire Sophocle. Elle sait de quoi elle parle, elle qui est psychanalyste, fût-ce d'un mystère, qu'elle traque et s'ingénie à comprendre depuis si longtemps, à commencer par l'obscur noyau de sa propre vie et poursuivre, selon le choix qu'elle a fait et la profession qu'elle a embrassée, en explorant la vie des autres. Lorsqu'elle écrit cette phrase, elle a déjà une certitude et elle l'énonce aussitôt: ces poètes ne savent pas tout, heureusement, ajoute-t-elle, car il pourrait bien arriver qu'ils s'en épouvantent et ne disent plus rien.
Sans être tout à fait du côté de la poésie, qu'elle côtoie depuis plus de cinquante ans en la personne de Pierre Puttemans, elle est tout de même créatrice et, dans ces jugements souvent sévères sur la face monstrueuse des productions littéraires qu'elle se plaît à mettre au jour, notre romancière a beau jeu de jouer habilement de la restriction, du conditionnel. Savent-ils ou non, ces poètes ou romanciers qu'elle invoque? Là est la question, là est la voix de l'écrivaine Harpman qui manie à son gré le vrai et le faux, le sublime et l'horreur: termes qu'elle croise volontiers et qui sont probablement interchangeables.
Bien qu'elle ait toujours, consciemment du moins, mené ces deux activités - exercer la psychanalyse et écrire - en parallèle, Jacqueline Harpman romancière s'est toujours interrogée sur la création littéraire, sur la sienne et celle des autres. Une habitude ancienne qu'elle a tenu à affiner avec l'expérience et à définir ainsi: elle entend maintenant observer et non analyser. Elle ne le fera pourtant qu'en psychanalyste puisque, dit-elle, c'est le seul outil dont [elle] dispose. C'est donc en adoptant cette méthode qu'elle va relire des œuvres qui lui paraissent fondamentales, soit qu'elle les ait découvertes et s'en soit émerveillée en un temps d'innocence, pourrait-on dire, soit qu'elle les ait admirées de tout temps et qu'elle tienne dé