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Pourquoi un romancier choisit-il d'écrire une histoire à la première ou à la troisième personne du singulier? Voilà une question qui pourrait paraître bien académique - ou inutile: Parce que c'est comme ça que ça lui vient! Qu'allez-vous chercher là? Sauf qu'après ce dont nous avons discuté à propos de Thérèse Desqueyroux, on puisse concevoir qu'un tel choix n'est peut-être pas innocent. Je vais de nouveau recourir à un peu d'auto-observation.
Mon tout premier roman, L'apparition des esprits, publié en second lieu pour des raisons de stratégie qui paraissaient adéquates à René Julliard, était écrit à la première personne du singulier, comme beaucoup de premiers romans. Il ne racontait cependant pas une histoire qui me fût vraiment arrivée et je n'ai jamais eu le sentiment de me reconnaître dans son personnage principal - mais sans doute racontait-il une histoire qui s'était passée quelque part dans mon esprit, parallèlement à ma vie réelle et à laquelle l'écriture donnait corps. Cela, je ne le sais pas, je le suppose, comme je le suppose toujours pour les autres romanciers. Puis j'écrivis Brève Arcadie, et ensuite Les bons sauvages, les deux à la troisième personne du singulier. Mais j'étais toujours là, et je m'en rendais compte: c'était moi qui tenais la plume, moi qui racontais, avec mes façons d'écrire, mes tics, mes défauts et, espérons-le, l'une ou l'autre qualité. Je trouvais tout à fait inutile de feindre que je n'y fusse pas, et dans le texte apparaissait parfois l'un ou l'autre je qui était bien moi, la personne en train d'écrire. Je me sentais parfaitement légitimée par une petite phrase de Montherlant, dans un de ses romans: Moi, Montherlant qui écris, je ne peux plus me souvenir de ce qu'il disait ensuite, mais j'avais été frappée par ce qui me semblait de l'honnêteté. Il ne faisait pas semblant de n'être pas là, mais en même temps, il prenait de la distance vis-à-vis de son récit, de ses personnages, et cela me plaisait beaucoup. Je fis comme lui, quand