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Il est certain qu'en commençant à écrire ceci, j'ai l'impression de me lancer dans une gageure, car je veux tenter d'être claire sans donner dans les termes techniques, qu'on désigne vite comme jargon, ce qui est regrettablement péjoratif. Tout technicien connaît l'utilité de son jargon professionnel, qui est d'aller vite, et son inconvénient qui peut être de le rendre incompréhensible aux non-techniciens. Cette précaution étant prise, je me lance.
Ceux qui après m'avoir écoutée hier ont eu la patience de revenir aujourd'hui, se souviennent de la citation de Virginia Woolf, quand son héros, ou son héroïne, appelle Orlando. Je la reprends:
Ainsi donc Orlando (…) appela «Orlando?» avec un accent interrogateur dans la voix et attendit. Orlando ne vint pas.
«Fort bien!» dit Orlando avec la bonne humeur que les gens montrent en ces occasions; et elle essaya d'un autre. Car elle avait une grande variété de«moi« à qui faire appel, beaucoup plus que nous n'avons pu en montrer dans un espace limité, puisqu'une biographie est regardée comme complète lorsqu'elle rend compte simplement de cinq ou six moi, tandis qu'un être humain peut en avoir autant de mille. (Je saute l'énumération des divers aspects que Woolf a mis en scène)… ce qui paraît certain (car nous sommes maintenant dans la région des peut-être et des apparences), c'est que celui dont elle avait le plus besoin se refusait à venir: on devinait en effet à ses paroles qu'elle changeait de moi aussi vite qu'elle conduisait (chaque tournant en amenait un autre) comme il advient lorsque pour quelque raison incompréhensible le moi conscient, qui est le plus haut et qui a le pouvoir de désirer, souhaite n'être qu'un seul moi. C'est ce que certains nomment le vrai moi: il est, disent-ils, le groupement de tous nos possibles; commandés, verrouillés par notre Moi en chef notre Moi-Clef qui les unit et les surveille.
En relisant récemment Orlando, j'ai été tout à fait émerveillée par ce passage qui traite, sans le moindre jargon, d