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1959, elle a vingt-neuf ans et publie Brève Arcadie, qui recevra le Prix Rossel. Elle est dans la vie d'une jeune femme qui débarque sur la place littéraire et entame l'exercice de la psychologie clinique.
1987, elle a cinquante-sept ans, elle n'a plus publié depuis vingt ans, et « sort » La mémoire trouble. Puis très vite, La fille démantelée, La plage d'Ostende, et cela ne s'arrětera plus: vingt-cinq ouvrages, romans, essais, nouvelles … Elle est devenue une grande personne: une écrivaine créative, une psychanalyste estimée, un orchestre entier … 24 mai 2012, elle a quatre-vingt-deux ans, l'orchestre s'est tu, restent les enregistrements, les souvenirs, les impressions, les sentiments, la mémoire …
L'orchestre se modifie, les musiciens évoluent, ils jouent autrement, mais les měmes traces de l'enfant, cet « infantile » des psychanalystes, l'animent. Une de ces traces parmi beaucoup d'autres: « J'avais quatorze ans quand Doriot vint au Théatre Municipal de Casablanca faire une conférence où les enfants des écoles furent obligés de se rendre. Pendant une heure, il tint les propos les plus odieux sur les juifs, et je suis encore humiliée de n'avoir pas osé me lever et crier à l'indignité … Alors, quand Antigone apparaît, je lui dis: “J'écoute, petite, raconte !” » Dans Écriture et Psychanalyse, recueil de ses textes pour notre numéro 59, publié fin 2011 (en collaboration avec les Éditions Mardaga), Jacqueline Harpman, réfléchissant en psychanalyste la question de la création littéraire, partait du constat que « la destruction et la catastrophe sont un des thèmes majeurs de la littérature » et lançait la question:
« Que diable font (là) ces écrivains ?
Je dis d'un seul coup ce que je crois: ils nettoient leur monde interne. Je vais tenter de m'expliquer … »
La profondeur de vos propos nous a passionné et réjoui, Jacqueline, et vous formiez un vœu: « j'ai besoin de penser […] que quelque part, au fond d'une bibliothèque, qu'importe si c'est sous des couches de poussière, me