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André Green s'est occupé de ce qu'il appelait la « critique littéraire psychanalytique » (Green, 1992, p. 9) tout au long de sa vie de psychanalyste. Pas moins de 40 ans et des dizaines d'articles regroupés en 8 livres1 séparent Un œil en trop. Le complexe d'Œdipe dans la tragédie, paru en 1969, dont le titre est tiré d'un poème de Hölderlin, de L'aventure négative, publié en 2009 et dédié à l'un de ses auteurs favoris: Henry James. Outre ce dernier, il a notamment étudié: Shakespeare, Proust, Conrad, Borges, Pouchkine, Dostoïevski, Sartre. Les arts visuels ont beaucoup moins attiré l'attention de Green: ce sont surtout les mots qui lui parlent. Á signaler néanmoins, comme l'une des quelques exceptions, un livre dédié à un carton laissé inachevé par Leonardo da Vinci (Green, 1992).
Green définit clairement les buts de l'exercice: « La pratique littéraire du critique psychanalyste a pour but l'étude et l'interprétation des relations entre le texte littéraire et l'inconscient […] qu'il s'agisse de l'organisation inconsciente du texte, du rôle de l'inconscient dans la production (et la consommation) des textes, etc. » (p. 14).
Dans son approche de la littérature, Green suit de près les voies tracées par Freud. Rapidement résumé, on peut dire que Freud a proposé d'aborder l'activité artistique à partir de deux paradigmes: celui développé dans la Gradiva et celui de . Ce dernier, très critiqué de nos jours, propose de retracer les liens entre, d'une part, l'œuvre et, d'autre part, l'histoire et les (supposés) conflits inconscients de son auteur. Quant au paradigme utilisé dans la Gradiva, plus en accord avec le courant textuel de la critique littéraire, l'idée est d'identifier « l'inconscient de l'œuvre », autrement dit, les fantasmes contenus dans le texte, sans référence à son auteur (Abella, 2008). Tout en signalant les limites du paradigme léonardien, Green navigue en fait entre les deux, abordant « telle œuvre […] dans une perspective uniquement textuelle, tandis qu'