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Les yeux de l'âme, expression reprise à Yves Bonnefoy traduisant Shakespeare (« mind's eye »), explore les modalités du fonctionnement psychique et ses possibilités de transformations dans de merveilleuses pages à déguster autant pour leur densité de pensée que pour leur poésie évocatrice. Rolland s'emploie « à identifier les forces susceptibles de délier, de décomposer les états de l'âme, les états d'âme ». Les yeux de l'âme font référence à une « temporalité plurielle mělant présent et passé, temps subjectif et atemporalité de l'inconscient, pour que revivent formellement […] les figures de l'enfance (aussi bien de l'enfant lui-měme, que de cet enfant de l'humanité qu'est le primitif) répudiées, anéanties par l'éducation et la civilisation ».
Dans une cure analytique on commence par parler de quelque chose, puis on s'aventure en terres psychiques inconnues, on rencontre des images, en chemin vers l'objet d'amour des premiers temps, déguisé sous des habits d'étrangeté. « Les objets œdipiens convoqués par le transfert s'incarnent dans la personne de l'analyste, puis s'y représentent, puis s'y dévoilent quant à leur identité et leur situation historique ». La cure va déployer, au cœur du transfert, les « activités imageantes et verbales de l'esprit », « image et parole sont les gestes de l'âme, ce qui lui assure mobilité et liberté, ce qui est sa respiration měme ».
Réactualiser pour mieux renoncer: « S'analyser, c'est soumettre à l'épreuve du deuil les chers objets de l'enfance transgressivement conservés. L'artifice, c'est-à-dire l'art, qui commande à l'amnésie infantile vise au contraire à la conservation des précieux objets œdipiens ». Ou, dit autrement: « La remémoration travaille à l'oubli, non pas au sens qu'on donne habituellement à ce mot, d'un acte paresseux, négligent, qui esquive ce qui est déplaisant, mais au sens d'une décision consistant à reconnaître que ce qui est n'est plus, et que de ce qui était ne demeure que le souvenir et sa nostalgie ».
Rolland d