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Nous acceptons comme quelque chose allant de soi la réaction de douleur devant la perte effective d'une personne aimée. C'est pourtant, disait Freud, un éprouvé dont nous savons très peu de choses (Freud, 1926, p. 83). La justification du caractère « douloureux » de l'état d'âme du deuil, introduisait-il déjà en 1915, « sautera vraisemblablement aux yeux lorsque nous serons en mesure de caractériser la douleur du point de vue économique » (Freud, 1915, p. 147). Un point de vue que l'on retrouve à plusieurs endroits de son œuvre. Lorsque, par exemple, dans un très court et très beau texte, successivement intitulé dans ses diverses traductions, Fugitivité, L'éphémère, Éphémère destinée, et enfin Passagèreté, il s'interroge sur la question de savoir pourquoi le deuil est si douloureux, il ne peut émettre qu'un seul constat « la libido se cramponne à ses objets et ne veut pas abandonner ceux qui sont perdus, même lorsque le substitut se trouve disponible. Voilà donc bien le deuil » (1916a, p. 327).
Ne pas souffrir de la perte d'un être cher, d'un abandon, et s'en détourner sans faire plus d'histoire, nous semblerait bien curieux et anormal. On aurait le droit de s'interroger sur les modalités défensives d'un tel déplacement indifférent. Il est donc ordinaire d'avoir mal en pareilles circonstances. Mais jetons un œil derrière l'écran de l'évidence. De quoi et comment souffre-t-on lorsqu'un être cher est perdu ? Lorsqu'il meurt ou nous abandonne ? Où cela fait-il mal ? Est-ce la pulsion qui tourne à vide, sans plus d'objet pour l'apaiser ou s'y confronter ? Est-ce l'objet externe de la pulsion devenu objet interne de répulsion ? C'est dans l'histoire subjective de nos pertes antérieures que nous irons chercher des éléments de réponse à ces interrogations.
Nous allons parcourir les différentes réactions aux pertes, en relation avec le degré de maturation de l'appareil psychique. Notre réflexion, axée sur les différentes formes que prend le déplaisir, engage d'emblée les ques