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Cet article explore la nature des liens entre Norbert Elias, un des sociologues les plus originaux du XXe siècle, et la psychanalyse.
Elias possédait en effet une connaissance profonde — tant pratique que théorique — de la psychanalyse et il a tenté, en un projet épistémologique extrêmement ambitieux, de dépasser l'opposition entre celle-ci et la sociologie, visant la construction d'une science de l'homme intégrée.
Juif allemand, né en 1897, Elias a fait des études de philosophie et de sociologie. Il a ensuite entamé une thèse sur la société de Cour à l'Université de Francfort, ce qui l'a plongé dans un climat intellectuel intense de discussions entre sociologues, historiens et psychanalystes, à l'ombre de Karl Marx et de Freud. Ce climat intellectuel l'a poussé, toute sa vie, à réfléchir sur les écueils de l'interdisciplinarité et à la possibilité d'une intégration des sciences humaines.
Ses projets de carrière académique à l'Université de Francfort ont été brisés par l'accession d'Hitler au pouvoir (janvier 1933), ce qui l'a contraint à l'exil. Il a poursuivi ainsi une carrière plus nomade, enseignant à l'âge de 57 ans en Angleterre (Leicester) et plus tard, à 65 ans, au Ghana.
Il a terminé sa vie en Hollande et est décédé en 1990 à Amsterdam.
Son œuvre — et son originalité — n'ont été reconnues qu'après une longue période de latence. Le lecteur trouvera dans la bibliographie les titres des ouvrages les plus importants d'Elias.
Ce qui frappe dans l'œuvre considérable d'Elias, c'est la permanence et la cohérence des problèmes conceptuels abordés — thèmes que nous évoquerons plus longuement dans cet article — même s'il s'attaque à des sujets extrêmement variés comme le sport, la violence, le nazisme, le vieillissement, le génie de Mozart, le processus de civilisation et divers thèmes de réflexion sociologique théorique.