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Deux axes principaux me sont apparus successivement dans la réflexion que je mène ces dernières années sur les processus de développement à l'adolescence : la dimension de la déconstruction (Matot, 2010b, 2011a), et celle de l'enchantement (Matot, 2011c). Ces deux dimensions apportent un éclairage tant sur le développement normal que sur les pathologies psychiques de l'adolescence; l'élaboration des impasses de ces deux dynamiques est désormais centrale dans mon travail thérapeutique avec les adolescents et leur environnement.
L'arrière-plan de ces deux axes, leur profondeur, c'est l'inconnu : l'inconnu qui nous entoure, l'inconnu qui est en nous, l'inconnu qui est sous-jacent dans ce que nous entreprenons, l'inconnu qui fait le charme de notre travail thérapeutique. Nous vivons dans l'inconnu, tout le temps, partout, mais le plus souvent, nous n'y pensons pas. L'inconnu est la toile de fond de notre vie, elle est le cadre général dans lequel s'inscrivent les processus de déconstruction et d'enchantement.
Je ne pense pas que mon propos soit particulièrement original ni novateur. Il s'agit au contraire de relever des choses plutôt banales et communes, que nous expérimentons et mettons en œuvre le plus naturellement du monde. Ce qui cependant justifie de s'y arrêter, c'est que ces choses retiennent peu notre attention; elles restent la plupart du temps implicites, et ne reçoivent pas l'intérêt et l'attention qu'elles méritent, du fait même de leur banalité.
Le travail psychique à l'adolescence, c'est passer d'un monde à un autre, affronter l'inconnu. C'est ce processus que R. Cahn (1994, 2000) a qualifié de subjectivation. Ce terme est cependant ambigu, de par sa référence implicite au concept de sujet, et je lui préfère celui d'appropriation.
Je ne pense pas que ce concept de sujet nous soit très utile : d'une part parce qu'il oppose implicitement sujet et objet, et que cette opposition efface ce qui à mon avis est essentiel dans notre existence comme dans le