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On pourrait parfois douter que les dragons du temps originaire soient vraiment morts jusqu'au dernier.
S. Freud, L'analyse avec fin et l'analyse sans fin (1937)
Les sept tomes des Aventures de Harry Potter ont été pour nous, avant toute autre chose, un grand plaisir de lecture. Puissent dès lors nos constructions interprétatives ne pas enclore, à la manière du placard de Privet Drive, le formidable potentiel de fantaisie sorcière de l'œuvre de J.K. Rowling.
Le succès magique de la saga de Harry Potter auprès des enfants de l'âge dit de latence et des jeunes adolescents (et, en particulier, parmi les enfants en souffrance psychique), mais aussi auprès d'un certain nombre d'adultes (dont quelques psychanalystes d'enfants), nous invite à essayer de comprendre ce qui le sous-tend, à tenter de discerner ce qui, chez tous ces jeunes et moins jeunes, certes sans sous-estimer l'effet de contagion démultiplié par les procédés de marketing, a trouvé un écho particulièrement attractif dans ce conte du 21e siècle.
Ce roman d'adolescence peut être envisagé, sur le plan d'une réflexion psychopathologique, selon plusieurs axes. Nous en envisagerons deux dans cet article.
Tout d'abord, les aventures de Harry et de ses compagnons présentent une description métaphorique d'un ensemble de processus développementaux et défensifs susceptibles de prendre place à l'adolescence. Elles offrent une transposition, dans un univers magique, d'une diversité de vécus, sentiments, expériences, que peuvent éprouver au quotidien les adolescents d'aujourd'hui; en cette « familière étrangeté » réside peut-être une dimension de l'attraction exercée sur des jeunes qui y retrouvent des parts d'eux-mêmes, mais dans un contexte qui leur donne un relief nouveau. Dans cette perspective, l'œuvre romanesque de J.K. Rowling donne accès à un espace transitionnel particulièrement fécond pour la transformation adolescente de l'omnipotence infantile. L'univers de la magie permet en effet le déploiement