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Il me serait impossible de dissocier une réflexion critique sur l'œuvre de Jean Laplanche des nombreux échanges et discussions que nous avons partagés, depuis le début des années 1980 jusqu'à quelques temps avant sa mort. 1980, c'est la période si féconde des Problématiques, qui installent l'œuvre de Jean Laplanche comme une référence obligée dans le paysage de la psychanalyse française. Je m'adresse alors à lui en tant que directeur de thèse; mon objet de recherche concerne des conflits familiaux et meurtriers dans les sociétés noires antillaises1. Jusqu'en 1986, date de la soutenance, c'est donc sous le signe de cette relation universitaire que se déroulent nos échanges. Tous ceux qui participaient à son séminaire de recherche se souviennent de la qualité critique des élaborations, et notamment du travail auquel était soumise l'œuvre de Freud. «Travail», le mot dans la bouche de Jean Laplanche sonnait autant viticulture (travail du bois des fûts de chêne) que psychanalyse (travail du rêve, du deuil), l'accent portant plus sur la transformation, déformation, que sur le côté labeur. «Faire travailler l'œuvre de Freud», jusqu'à la bousculade, voire la torture… c'est tout le respect que l'on doit à l'œuvre fondatrice si l'on veut qu'elle reste vivante; le contraire d'encenser, qui ne fait «vivre» que les morts. Cette maxime laplanchienne est aussi ce qui me guide quand il s'agit de lire et relire Laplanche lui-même. J'ai, comme beaucoup d'autres, été séduit par cette œuvre, son mélange de fermeté sur les bases de l'édifice et d'innovation, de remise en cause, de refus de la théorie convenue. Aujourd'hui, le meilleur hommage que je puisse lui rendre n'est certainement pas de faire l'inventaire des points de rencontre et d'accord, mais plus sûrement d'interroger mon rapport problématique à cette œuvre, à travers questions, décalages, voire différends - il y en a principalement un sur lequel je reviendrai —, ayant la conviction que ces points de frottement, de grincement