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René Kaës entreprend, dans son dernier livre, Le Malêtre, de proposer une perspective à la fois complexe, plurielle, mais néanmoins synthétique, de la souffrance psychique contemporaine. Celle-ci se vit, et ne peut se comprendre, qu'en considérant les quatre espaces que parcourent les travaux de l'auteur depuis les années 1970, l'espace intrapsychique, l'espace interpsychique entre sujets singuliers, l'espace transpsychique du groupe, et l'espace des institutions sociales et de la culture (pourrait-on le qualifier de «métapsychique»?).
Ce projet aussi ambitieux qu'indispensable pour la psychanalyse actuelle est mis au travail par R. Kaës depuis plus d'un quart de siècle. Pour le mener à bien, l'auteur convoque ses travaux sur le fonctionnement groupal (, , , , , ), l'intersubjectivité (, ), le psychodrame psychanalytique de groupe (, ); sur l'idéologie , la violence d'état et le travail de mémoire , la temporalité (, ), la différence culturelle , la transmission transgénérationnelle (, , , , ), le traumatique , l'analyse transitionnelle , le travail de la mort ; sur les institutions (, ) et les alliances inconscientes . Cette liste des thèmes sur lesquels Kaës a travaillé ne vise pas l'exhaustivité, pas plus que les dates de ses publications. Elles montrent par contre la «polyphonie» de son approche qui, s'appuyant sur les travaux de Freud et de ses continuateurs (parmi lesquels nous mentionnerons particulièrement Piera Aulagnier, José Bleger et, bien entendu, son complice Didier Anzieu), se confronte à une large palette de chercheurs et théoriciens dans d'autres domaine des sciences humaines, développe une pensée novatrice ouvrant à la psychanalyse des espaces déterminants pour son avenir.
«Le malêtre nous dit autre chose que le malaise: que désormais nous sommes en train de vivre un ébranlement qui atteint plus radicalement notre possibilité d'être au monde avec les autres et d'exister pour notre propre fin; cet ébranlement interroge les dimensions écologiques et an