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Winnicott est souvent considéré comme un psychanalyste qui entretient avec la psychanalyse un rapport poétique, et avec ses patients une visée d'adaptation à ce qu'il appelle les «besoins», sur le mode de la préoccupation maternelle primaire puis de la désillusion.
Tout cela est juste, bien entendu, mais risque me semble-t-il de nous faire passer à côté de ce qui organise l'approche thérapeutique de Winnicott, ce qui lui permet de lâcher prise dans son travail clinique, d'ětre créatif et de prendre des risques avec ses patients. Cette structure invisible du travail clinique de Winnicott, cette boussole qui lui permet de s'aventurer dans des espaces où il fait œuvre de pionnier pour la psychanalyse et invente des concepts novateurs, c'est, je pense, une pensée nosographique.
Dans beaucoup de ses articles, Winnicott ne met guère en avant la réflexion nosographique lorsqu'il parle de la manière dont il envisage son métier de psychanalyste. Ainsi, par exemple, dans l'article de 1962 Les visées du traitement psychanalytique, il écrit:
Lorsque je pratique la psychanalyse, je vise à:
Rester vivant
Rester en bonne condition
Rester éveillé.
Je vise à ětre moi-měme et à me comporter comme il faut.
Ayant commencé une analyse, je m'attends à la poursuivre et à y survivre, à la mener à son terme.
Analyser me procure du plaisir, mais j'anticipe toujours avec joie la fin de chaque analyse. L'analyse pour l'analyse ne signifie rien pour moi. Je pratique l'analyse parce que le patient a besoin de passer par là. Si le patient n'a pas besoin d'analyse, je fais autre chose.