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« Nous ne pouvons, n'osons, ni ne voulons voir en face, le fait brutal que le fond existentiel que l'homme a touché durant notre siècle n'est pas seulement l'histoire particulière et insolite - incompréhensible - d'une ou deux générations, mais constitue une norme issue de l'expérience qui contient les potentialités générales de l'humanité, et donc dans le cas de figure, les nôtres ».
En tant qu'analyste, c'est la manière dont la violence traumatique affecte la réalité psychique qui nous intéresse. Comment les traces traumatiques s'inscrivent-elles dans l'inconscient et comment, dans quelles conditions, peuvent-elles se réactualiser ? Comment sont-elles transformées ou comment sont-elles restées encryptées « en l'état » ? Le travail analytique dans ce cas interroge bien évidemment les mécanismes de déni, de clivage et les questions de temporalité et de rythme : le temps d'une remise en tension tolérable et non persécutoire entre le retour d'une expérience traumatique impensable et le surgissement d'événements aléatoires, liés à la rencontre inaugurale et singulière entre l'analyste et le patient. Le dire, l'inter-dit, le non-dit tissent la trame du processus dont l'aménagement du cadre, de l'écoute et des modalités d'interventions de l'analyste sont au premier plan pour que puissent se moduler les angoisses et se réduire les clivages. Inventer ensemble une manière de retrouver les traces d'un non advenu de soi, construire un récit qui mette en sens des objets qui appartiennent aux deux protagonistes de la scène analytique pour que puissent se lever les entraves d'un travail de deuil interrompu ou impossible. « Dans le cas des traumas collectifs, les effets individuels se potentialisent de ceux produits par la destructivité d'un groupe à l'égard d'un autre groupe ; il y a aussi effraction dans un espace psychique et partagé » (Kaës, 2007).
Les crimes contre l'humanité ont marqué le XXe siècle comme si - suivant Freud dans ses œuvres anthropologiques - le