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Devenu central dans la psychanalyse, le concept d'affect possède une histoire et revêt des acceptions aussi bien médicales que philosophiques. Traditionnellement, le terme adfectus était employé en médecine pour désigner une disposition du corps, une affection, une maladie. Il désignait également chez les philosophes une disposition, un état de l'âme, notamment chez Cicéron dans les Tusculanes1 et il était pris comme synonyme de sentiment2, ou de passion. Les deux acceptions, du reste, n'ont rien d'antagonique, car elles renvoient toutes deux de manière sous-jacente à un état pathologique. Communément, en effet, chez les philosophes la passion est considérée comme une maladie de l'âme, dont le corps par ses excès est généralement responsable. Comme chacun sait, l'étymologie du mot pathos renvoie à l'idée d'une affection, d'une souffrance que le sujet subit et dont il pâtit. Kant ira même jusqu'à dire que « la passion est une maladie qui exècre toute médication »3, car le malade ne veut pas être guéri.
Spinoza rompt avec cette conception morbide des passions et inaugure une définition nouvelle de leur nature et de leur rapport avec le corps dans la partie III de l'Éthique. La rupture avec la tradition se manifeste d'abord au niveau du vocabulaire par la substitution du mot « affectus » à celui d'« emotio » ou de « passio », pour désigner les mouvements affectifs de l'homme. Spinoza intègre la réflexion sur les passions dans le cadre plus général d'une théorie des affects. Cette mutation terminologique n'est pas anodine, elle vise à dédramatiser le caractère tragique et funeste des passions et à montrer que toute la vie affective ne se réduit pas à l'aliénation passionnelle, mais peut manifester la puissance joyeuse de l'homme qui affirme son existence ou son effort pour persévérer dans l'être et passer à une plus grande perfection. La vie affective revêt en effet deux formes principales, active et passive, selon que nous sommes cause totale ou partielle de nos émotion