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La clarté de l'article de Chantal Jaquet, destiné à des professionnels des soins psychiques, rencontre pleinement l'objectif de la philosophie de partager ses objets avec des profanes.
Mais c'est aussi et surtout pour la potentialité maïeutique du contenu de sa communication que je retiendrai. De fait, sa lecture spinoziste de l'affect s'inscrit à l'évidence au cœur de la problématique abordée par ce numéro de la Revue belge de psychanalyse consacré à la place du corps en psychopathologie et dans les psychothérapies.
Elle répond au souhait d'un courant clinique qui choisit de se centrer sur le corps concret, non intellectualisé, et de tenter de s'écarter ainsi du trop fréquent oubli du corps, de l'évitement de sa trivialité, peut-être même parfois de sa phobie, tendances réductrices qui s'inscrivent dans une part de l'histoire de la philosophie où psyche règne dominatrice sur soma, mais qu'une certaine psychanalyse francophone, exclusivement dédiée au culte de la psyché artificiellement isolée et du verbe fétichisé, a pu relayer en terres cliniciennes.
Bien sûr, il y a les exceptions notables des travaux de Pierre Marty et de l'École de psychosomatique de Paris et, plus largement, de ceux de tous les « psychistes » qui ont la chance de travailler au quotidien avec des « somaticiens ». Dans notre champ, je pense en particulier aux cliniciens qui ont bénéficié du croisement entre pédiatrie et psychanalyse comme Winnicott et, plus récemment, aux pionniers hexagonaux du célèbre L'enfant et son corps , Léon Kreisler, Michel Fain et Michel Soulé.
Pour autant, ces exceptions ne doivent pas masquer les impasses d'une approche psychique désincarnée. Le rendez-vous manqué, en particulier en France, entre la phénoménologie et la psychanalyse, s'impose comme un exemple emblématique. D'ailleurs, la discrétion relative de la psychiatrie phénoménologique, la daseinanalyse de Ludwig Binswanger et de ses héritiers français (Alexandre Minkowski, Georges Lantéri-Laura, Arthur Tatossian…)