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Il est des questions suscitées par les tragédies que nous rencontrons au cours de notre pratique qui ne peuvent laisser indifférents et nous confrontent à nos limites impuissantes. Remettre sur le métier une de celle-ci est sans doute une façon de vouloir, envers et contre tout, poursuivre l'ouvrage quand aucune réponse d'évidence ne peut prendre place.
Comment comprendre, en effet, cette volonté pour une femme, d'avoir des enfants, alors que son contexte de vie, son comportement, sa façon d'en parler, ses souhaits, ses fantasmes, laissent penser qu'il n'y a guère de place pour ceux-ci ?
Les situations dramatiques que j'ai pu câtoyer de façon directe lors de consultations ou de façon indirecte par des supervisions d'équipes ou par des récits de situations amenées par des tiers ne peuvent manquer d'interpeller. À quelle pulsion psychique cela renverrait-t-il ? Est-ce à comprendre dans l'économie psychique de cette maman et comment pourrait-on en formaliser le sens ?
Afin de mieux saisir ces situations qui ne font que nous interroger sur ce désir de maternité, je partirai d'emblée d'une situation clinique qui nous servira d'appui pour approcher de ce qui peut paraître « insensé ».
Je vous parlerai donc de cette jeune femme de 22 ans que j'appellerai Daphné. Je ne la rencontrerai jamais personnellement mais en entendrai parler très fréquemment par un membre de sa famille en thérapie chez moi.
On sait peu de choses de la plus tendre enfance de Daphné si ce n'est qu'elle a été placée, vers deux ans, en institution ainsi que ses deux autres frères et sœurs, la mère ayant perdu ses droits parentaux. Il ne sera jamais rien dit du père biologique, inconnu.
À l'âge de quatre ans, Daphné est accueillie dans une famille nombreuse de trois garçons dont le dernier est âgé de huit ans. Le père travaille dans le domaine économique et commercial et est appelé à faire de nombreux déplacements à l'étranger pour sa profession. La maman, institutrice, renonce à l'enseignement pour