You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
La thèse de médecine sur la diphtérie d'Ingeborg Syllm, citoyenne allemande née au Cameroun en 1912, est refusée en 1938 par l'Université de Hambourg « pour raisons raciales », sa mère étant d'origine juive. Ingeborg émigre aux États-Unis où elle exerce comme pédiatre. Communiste, elle fuit le maccarthysme en 1952 et s'installe, avec son mari, Samuel Rapoport, et leurs enfants, à Berlin Est. Titulaire de la première chaire de néonatalogie d'Europe, créée à l'hôpital berlinois de la Charité, elle publie ses mémoires en 1997, puis reprend l'ensemble des recherches récentes sur la diphtérie pour, le 13 mai 2015, à l'âge de 102 ans, repasser sa thèse de 1938, obtenant le titre de PhD de l'Université de Hambourg : « J'ai cherché à me remémorer ma façon de procéder et à retrouver mes principales conclusions […] je l'ai fait pour les victimes… » (Le Monde du 17-18 mai 2015).
Témoignage remarquable de la résistance au traumatisme à travers la reconnaissance, la communication et la diffusion du savoir, mais aussi à l'effet d'effacement produit par l'écoulement du temps, la persévérance d'Ingeborg Syllm dans la réécriture de sa thèse indique bien la place particulière qu'occupe l'écrit dans la perlaboration individuelle et collective des traumatismes, thème de ce numéro issu de notre 2e Colloque international (Bruxelles, octobre ).
Les mots amènent toutefois des surprises, lorsqu'on s'intéresse aux sens que recèle leur étymologie. « Diphtérie » apparaît dans le vocabulaire médical en 1817, création de Bretonneau à partir du grec diphteria, qui signifie « membrane, peau apprêtée ». Le mot grec lui-même serait dérivé de dephein, « frotter, assouplir » et, par extension, « masturber » (A. Rey).
Le parchemin, « peau apprêtée à Pergame », remplace progressivement, à partir du ive siècle, le papyrus, roseau égyptien, pour devenir le support de l'écriture en Occident entre les xie et xve siècles. « Parchemin » est emprunté au grec pergamênê, dont le complément, diphteria, est sous-ente