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Quand on est entre analystes et que l'objet des échanges est l'écriture, il est généralement admis, sans plus avant, que toute écriture est écriture de soi. Je m'insurge quant à moi contre cette fausse évidence, depuis une bonne vingtaine d'années. Il existe un mode d'investissement spécifique de l'écriture, engageant avec le lecteur une modalité transférentielle, qui repose sur un contrat de lecture proclamant l'identité de l'auteur en personne et des figures narratives de l'auteur, du narrateur et du personnage principal2. Cela caractérise un ensemble de genres littéraires (autobiographie, journaux, mémoires et témoignages, autofiction, essais…), qui peut être désigné, faute de mieux, par le terme d'écriture(s) de soi, dans lequel ce contrat prend la valeur d'un acte déclarant l'écrit comme autoprésentation de l'auteur en personne. Toute écriture de soi ainsi définie est sous-tendue par une tension irréductible entre un fantasme d'autoengendrement et le recours à l'autre comme témoin garant d'une écoute, entre l'attestation d'identité et le témoignage d'une altération. Et qu'on le reconnaisse ou non, on ne lit pas ces écrits comme on lit une fiction; les modalités identificatoires, transférentielles et auto-transférentielles ne sont pas les mêmes.
Il ne s'agit pas là d'un enjeu seulement littéraire, mais aussi et surtout d'un enjeu psychanalytique. L'enjeu est de sortir des pièges de la psychanalyse appliquée à la littérature et de considérer que la littérature est susceptible d'enrichir la psychanalyse non seulement de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur. Dans la rencontre entre un texte littéraire et un analyste, ce n'est pas l'analyste qui interprète le texte mais le texte qui interprète l'analyste, du moins si celui-ci y consent et a suffisamment le goût de l'écriture pour admettre qu'à la suite de Freud, et en moins bien, il est le rival plus ou moins envieux et plus ou moins malheureux des écrivains. Mais il est un enjeu plus spécifique sur lequel je voudr