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Jean-François Chiantaretto se défend de faire de la psychanalyse « appliquée à » la littérature. Pourrions-nous dire qu'il propose une psychanalyse « impliquée avec » la littérature (Mijolla-Mellor, 2002) ? Dans ce mouvement d'habitation de la psychanalyse par l'art et de l'art par la psychanalyse, je pense qu'il s'inscrit dans une filiation qui remonte à Freud et qui pourrait passer par Anzieu. Je pense à Freud face au Moïse de Michel-Ange (Freud, 1914), engagé dans une lecture de cette sculpture qui ne prend pas pour but une construction de l'histoire psychosexuelle inconsciente du sculpteur, et qui ne s'appuie pas sur une application à la sculpture de théories issues de la psychanalyse. Freud se laisse travailler par l'œuvre qu'il observe et il se met à l'écoute du travail intime que l'œuvre engage en lui.
Anzieu procède de même dans sa lecture de l'œuvre de Beckett (Anzieu, 1992), en portant une attention autoanalytique à son dialogue intérieur avec Beckett, avec les personnages de ses romans, de ses pièces de théâtre, de sa correspondance, et, en arrière-fond, avec Bion, l'analyste de Beckett. Mais Freud face au Moïse est face à la forme, face au libidinal. Alors qu'Anzieu face à l'œuvre de Beckett est face à l'informe, face à une tentative de représenter et d'intégrer dans une forme artistique la destructivité d'un mode de pensée négatif asservi à un narcissisme de mort.
Je vous propose de chercher dans la clinique analytique un contrepoint à ce que Jean-François Chiantaretto trouve dans son étude de la littérature, car l'analyste, en tant que « témoin garant d'une écoute », a parfois la chance d'assister à la naissance d'un « témoin interne » chez son analysant. Et parfois la malchance de participer à l'avortement d'une telle naissance.