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« À l'origine, l'écriture [est] le langage de l'absent », note Freud dans le Malaise dans la Civilisation (p. 581). La phrase est placée à l'intérieur d'une description des progrès de la civilisation :
À l'aide du téléphone, [on] entend loin, à des distances que les contes eux-mêmes respecteraient comme infranchissables. À l'origine, l'écriture était le langage de l'absent, la maison d'habitation le substitut du corps maternel, cette toute première demeure dont la nostalgie persiste probablement toujours, où l'on était en sécurité et où l'on se sentait si bien.
D'où jaillit cette réflexion sur l'écriture ? À première vue, elle ne semble pas liée au reste du discours. Mais elle nous met sur la trace de la pensée sous-jacente : la nostalgie pour l'objet maternel. La référence au conte évoque la voix de la mère et un peu plus loin le ventre maternel. Écrire semble donc un moyen de rendre présent ce qui est absent, d'affronter notre nostalgie de la phase primordiale de la vie, du lien originaire avec la mère.
Selon Freud, il y a une autre forme de nostalgie qui est aussi à la base de toute production intellectuelle, de l'intellectualité et de la spiritualité humaines : celle liée au père. De Totem et Tabou (1912-1914) à Malaise dans la Civilisation (1929), Freud dresse de grandes fresques historiques de l'histoire de la civilisation humaine qui placent le repentir pour le meurtre du Père Primitif (Urvater), et la nostalgie de ce père, à l'origine du sentiment religieux et des religions monothéistes. Dans Moïse et le monothéisme (1939), Freud établit un lien entre l'affirmation du monothéisme et la valorisation de la Geistigkeit, qui est le propre du peuple hébreu et s'exprime dans le développement de la pensée abstraite, du langage et de l'écriture.
Le regret et la nostalgie de l'union perdue avec la mère et l'idéalisation du père sont à la base des représentations et donc de la pensée même, du langage et de la langue écrite.
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