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Je voudrais tout d'abord rendre hommage à l'originalité avec laquelle l'auteure nous introduit à sa réflexion sur la valeur élaborative de l'écriture et du récit. Elle se fonde en effet sur une situation personnelle tellement traumatique que, dans un premier temps, elle provoqua d'abord en elle un état d'obnubilation, puis pendant les semaines suivantes des troubles somato-psychiques (fatigue, malaise), et des cauchemars sans représentation autre qu'un sentiment confus de danger de mort. Elle nous décrit avec simplicité et courage ces effets de rupture traumatique de son propre « tissu psychique ». C'est l'écriture, nous dit-elle, qui lui a permis d'entreprendre l'élaboration de ces états et de comprendre, dans l'après-coup, leurs liens étroits avec la soudaine proximité mortifère des victimes de l'extermination nazie suscitée par sa visite du camp de Terezin quelques semaines auparavant.
J'ai le sentiment qu'elle nous parle en même temps des multiples difficultés contre-transférentielles qui guettent l'analyste lorsqu'il est confronté à l'insoutenable récit du vécu d'un patient lui-même rescapé ou descendant de rescapé : d'un côté le vide de la pensée par identification excessive à la sidération mentale de la victime, mais aussi et parallèlement l'excitation possiblement provoquée par la description de scènes violentes pouvant aller jusqu'à des moments d'identification à l'agresseur. Pour ce dernier point, l'auteure s'appuie sur la description écrite, faite par une collègue, de son état psychique lors de la lecture d'un témoignage écrit particulièrement terrifiant : celui d'un rescapé qui relate l'horreur d'une scène cannibalique diaboliquement suscitée par certains de ses compagnons d'Auschwitz. La lectrice a ressenti elle aussi un état d'obnubilation, sorte d'écran interposé entre soi et une réalité insoutenable, mais en même temps une sorte de fascination et même d'admiration pour les instigateurs de la scène, une sorte d'excitation voyeuriste qu'elle a pu relier