You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
C'est la caméra sur l'épaule à la manière des Frères Dardenne que Patrick Declerck s'aventure dans le champ du traumatique, le sien ou celui d'un autre. Il va y voir… son regard est impitoyable, sans détour, son langage est sans concession. Il diversifie ses angles de vues dans son champ de mire et sa lunette d'observation me semble balayer trois axes.
Le premier axe se focalise sur les clochards dans ses deux livres Les naufragés. Avec les clochards de Paris (2001) et Le sang nouveau est arrivé. L'horreur SDF (2005). Un deuxième axe en 2004 aborde des récits fictionnels, Arthur hippopotame de course et autres histoires et Garanti sans moraline. Le troisième est clairement autobiographique, avec Socrate dans la nuit (2008) et Démons me turlupinant (2012).
Cherchant un fil rouge parmi ses écrits, il m'apparaît que sur un fond de pessimisme Schopenauerien, Patrick Declerck plante toujours son regard sur les autres ou sur lui-même à la frontière entre la vie et la mort, dans cette frange glauque, limite, extrême, là où tout peut basculer, là où les forces de déliaison risquent de l'emporter voire l'emportent déjà sur la vie, là où le désespoir, tel une ombre, progresse irrémédiablement et décolore quelques maigres indices de survie. Mais ce ne serait pas justice de méconnaître l'autre visage de cet auteur qui, sur fond de dérision et le regard malicieux, nous abreuve de facéties et nous entraîne dans un festival libidinal et une lecture jubilatoire. Patrick Declerck est un vrai James Ensor.
Le thème du traumatique nous confronte régulièrement au cœur des drames collectifs ou individuels mais il en est un, le plus souvent réduit au silence, qui pourtant se déroule sous nos yeux, traverse le temps et chemine à nos côtés; ce n'est pas un génocide… c'est un naufrage. Il concerne les clochards de Paris, les « homeless » de Los Angeles, ceux de New York plongeant dans les poubelles de la 5e avenue, sous le regard indifférent de la foule; il concerne le