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Virginia Woolf n'a pas cessé de souffrir d'effondrements psychiques pendant plus de trente ans. Née en 1882, sa vie se termine tragiquement par un suicide en 1941. Comment se fait-il alors qu'elle n'ait pas entrepris une psychanalyse pour soulager ses souffrances ? À en croire ses propres dires, l'idée d'un traitement psychanalytique lui était trop éloignée. Ceci alors même que l'apparition et le déploiement de sa production littéraire se déroulèrent de manière parallèle à la réception et à la propagation des idées de Sigmund Freud en Angleterre. Il y eut à plusieurs égards des points de contact et même des croisements entre les deux : ainsi la Hogarth Press, sa propre maison d'édition, qu'elle avait fondée en 1917 avec son mari Leonard Woolf pour publier ses propres œuvres, fit paraître dès 1924 la première édition complète des œuvres de Freud en anglais, les Collected Papers1 en cinq volumes, ce qui contribua notablement à la diffusion des idées freudiennes en Angleterre. Certains membres de son cercle d'amis les plus proches, le « Cercle de Bloomsbury », se rendirent sur le continent, auprès de Freud à Vienne ou d'Abraham à Berlin, pour se faire analyser et devenir plus tard psychanalystes, comme James et Alix Strachey, et même le propre « petit » frère de Virginia Woolf, Adrian Stephen, se réorienta de la philosophie vers la médecine pour effectuer une formation de psychanalyste. Qu'est-ce qui a donc empêché Virginia Woolf de se servir elle-même de la possibilité de recevoir une aide psychanalytique ?
Les antécédents et le diagnostic de la maladie de Virginia Woolf sont flous : il pourrait y avoir à l'origine de sa maladie le décès de sa mère en 1895, alors qu'elle avait 13 ans qui fut suivi d'un premier effondrement, ou bien le décès de sa demi-sœur bien aimée Stella, qui avait occupé pour elle une position maternelle, seulement deux ans plus tard, ou encore l'abus sexuel des demi-frères George et Gerald Duckworth. Sans doute fut-ce tout cela à la fois. Quentin