You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Dans Vivre de paysage , le philosophe et sinologue François Jullien1 met en exergue la vision chinoise d'un sujet humain non séparable de son environnement, sous-tendue par l'unicité d'une force en action dans l'univers, dont les fluctuations et les transformations déterminent l'ensemble des formes de la nature dont l'homme fait partie. La langue chinoise exprime le concept de paysage en disant « montagne(s)-eau(x) » (shan shui) ou « montagne(s)-rivière(s) » (shan chuan), c'est-à-dire en termes de corrélation entre opposés, entre lesquels « du monde », incluant l'humain, se déploie. Il n'y a pas un Sujet décrivant un paysage comme Objet, comme l'a posée la peinture de paysage à partir de la Renaissance, jusqu'à Cézanne.
« L'objet, cette invention « moderne » de l'Europe et son grand outil, n'a pas seulement introduit une étanchéité de principe entre l'homme et le monde. Mais il les a répartis aussi dans des statuts respectifs, nettoyés qu'ils sont désormais l'un de l'autre… » (Jullien, p. 27)
Jullien parle d'une « logique d'appariement » au cœur de toute la pensée chinoise. « Chose » se dit ainsi « est-ouest » (dong-xi). Tout est d'abord relation, l'un des termes ne peut se penser séparément de l'autre (le Yin et le Yang comme les deux versants d'une montagne), le Soi se trouvant toujours entre les deux, pris dans un mouvement au sein d'un « milieu », « quand se lève la frontière entre le dedans et le dehors » (p. 89).
D. Messina, dans l'article qui ouvre ce numéro, rappelle que, pour Bion,
« l'une des faiblesses du langage articulé apparaît dans l'emploi d'un terme comme “ omnipotence ” pour décrire une situation qui, en fait, ne peut pas du tout être décrite avec précision par un langage univoque. “ Omnipotence ” doit toujours signifier également “ détresse ”; il ne peut y avoir un seul mot pour décrire une chose sans décrire aussi sa réciproque. »
Alors, la pensée chinoise peut-elle apporter quelque chose à la psychanalyse ? Et la psychanalyse peut-elle trouver, dans