You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Dans le petit monde des sinologues, Jullien est très controversé. Dans son essai intitulé Contre François Jullien, le sinologue suisse Jean-François Billeter critique le parti pris de Jullien de fonder tout son travail sur « le mythe de l'altérité de la Chine ». Ce mythe remonte, dans ses versions européennes, aux Jésuites, lesquels, dès le début du 18e siècle, ont diffusé en Europe une vision de la Chine qui était celle du pouvoir impérial sur lequel ils comptaient pour leur entreprise d'évangélisation. Si ce pouvoir impérial, fondé en 221 avant J.-C., a perduré jusqu'au début du 20e siècle, c'est, affirme Billeter, parce que les Empereurs et les classes dirigeantes ont réussi à imposer l'idée que l'ordre impérial était un ordre naturel, conforme aux lois de l'Univers, dès l'origine et pour toujours. Depuis l'écroulement de l'Empire en 1911, différents courants de pensée s'affrontent en Chine autour de la question du rapport à la tradition impériale et de ses conséquences politiques. Billeter situe dès lors F. Jullien dans le camp des intellectuels « comparatistes », en lui reprochant d'avoir occulté la position partisane qui est la sienne, d'avoir repris les idées de certains auteurs chinois classiques en les présentant de manière arbitraire comme « pensée des lettrés »; et d'avoir, de même, réduit la pluralité des pensées philosophiques européennes à la pensée grecque pour mieux l'opposer à une « pensée chinoise », en faisant l'impasse sur l'influence exercée par les différents contextes historiques nationaux.
Un autre parti pris méthodologique de F. Jullien qui, d'après Billeter, fausserait la donne, est celui d'une traduction qui crée des concepts par le seul fait de traduire un mot de manière univoque en français, quel que soit le contexte dans lequel ce mot apparaît dans le texte chinois. Dans un autre de ses ouvrages, Leçons sur Tsouang-Tseu, Billeter fait de manière très convaincante l'exercice de traduire différemment le mot « tao » en fonction du sens du t