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« L'éventualité d'y rencontrer de vieux amis rend la perspective de l'Enfer moins effrayante que celle du Paradis auquel la vie sur terre nous a mal préparés. » (Wilfried Bion, Césure, )
Les déséquilibres systémiques majeurs provoqués par la dérégulation économique imposée par le capitalisme financier aux pouvoirs politiques ; l'incapacité de lutter efficacement, au niveau mondial, contre la destruction accélérée de l'écosystème qui entraînera dans le demi-siècle à venir des catastrophes humaines d'une ampleur aujourd'hui encore impensées ; et l'individualisation extrême induite par l'accélération du transfert massif de la dépendance des collectifs humains vers les réseaux techniques : ces trois composantes d'une violence chaotique annoncée ne peuvent être ignorées. Mais ce qui, par contre, fait encore cruellement défaut, ce sont les lignes directrices d'une résistance des humains à la destructivité de l'humanité.
Car notre humanité, tout autant que les individus qui la constituent, se trouve aujourd'hui décontenancée par sa propre destructivité.
La communauté psychanalytique, définie par l'adhésion à un corpus théorique inspirant une grande variété de pratiques mais générant aussi, quoiqu'en ait dit Freud1, un ensemble de visions du monde, de Weltanschauungen, peut-elle encore contribuer davantage qu'elle ne l'a fait par le passé à la résistance de l'humain ?
Cette résistance se manifeste partout, mais peine encore à s'organiser. La difficulté semble résider dans cette complexité du monde dont les sociétés occidentales ont pris conscience par le fait même d'avoir cru aux promesses des sciences de maîtriser un jour totalement la nature. L'illusion s'est largement dissipée, du fait des avancées des sciences elles-mêmes d'ailleurs, mais quelles sont aujourd'hui les alternatives ? L'homme ne renonce jamais à rien, écrivait Freud à Ferenczi, tout au plus accepte-t-il le troc. La complexité que nous voyons aujourd'hui résulte de ce qu'Edgar Morin a identifié dans L'identité