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« Les limites de l'âme, tu ne les découvriras pas, même si tu parcours tous les chemins, tellement son logos est profond. » (Héraclite, Fragments, Paris, Flammarion, 2002)
L'état habituel de l'Homme consiste, les philosophes n'ont cessé de le répéter, à vivre en étant travaillé, au dedans même de sa pensée, par des hésitations et des contradictions. Incertitude, inquiétude et insécurité sont en effet les fidèles compagnons des questions que l'Homme - un être vivant fait pour la mort - se pose relativement à sa « destinée ». Au creux même de son questionnement, il prend conscience de son extrême ignorance face au sens ultime de la vie et de la mort et au pourquoi de l'invention de l'au-delà et de l'éternité. Pour guider ses réflexions sur ce « mystère », il interroge les penseurs, les prophètes et les sages qui lui apportent des réponses, tantôt dictées par la seule Raison, tantôt venant du cœur, qui combinent généralement le désir du bonheur en ce monde et la transcendance des dieux. L'absence de certitudes engendre un travail de la pensée et une démarche du cœur que l'Homme n'arrive jamais à clôturer dans un savoir ou une foi qui puisse le satisfaire entièrement.
Sans doute est-ce pour cette raison que l'humanité s'est placée, sur la plus longue durée de son histoire, sous la gouverne des dieux. Avant que la religion ne se rétracte dans les croyances et les rituels, elle avait pour fonction d'encadrer toute la vie d'une communauté à partir d'une cosmovision ancrée dans le devoir de soumission des êtres humains à l'égard des dieux. C'est de cette rétraction, relativement récente dans l'histoire de l'humanité, que la religion en est venue à désigner, sur un versant, les croyances et les actes cultuels par lesquels les humains tendent à exprimer leur relation avec Dieu, et sur un autre versant, les systèmes de normes éthiques, de valeurs et symboles devant encadrer la vie quotidienne des personnes. Le projet primordial dont se sont toujours réclamées les religions consi