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« Je préfère avoir peur de quelque chose … que ce vide. » Dans son langage d'enfant de 8 ans, Louise me parle d'une terreur éprouvée la nuit : au lieu d'un cauchemar, le vide. Elle me dit que petite, elle avait peur du loup, enfin parfois… mais là… c'était pas pareil … « Tout était blanc, il n'y avait rien ! Même pas une miette, rien ! »
J'entends dans sa voix, dans la force de son expression, la terreur éprouvée en l'absence d'un cauchemar. Elle traduit en mots une expérience de détresse intense, ses capacités de contenance psychique sont affaiblies par des séquelles neurologiques consécutives à une ablation d'une tumeur cérébrale et ne peuvent être relayées par sa maman, une femme éprouvée par le deuil d'un premier enfant décédé de mort subite. Une maman attachante certes, mais rigide, assez brusque et impatiente, qui tend à imposer ses exigences propres plutôt qu'à s'adapter aux besoins spécifiques de Louise. Ses capacités de contenance psychique sont vite excédées. Elle crie à la moindre contrariété et supporte mal les mouvements projectifs et évacuatifs de Louise, elle ne tolère pas la fragilité de sa fille.
Bion parle de « rêves mutilés » qui manquent, dit-il, de dimension, cette absence de dimension que Louise traduit par le vide. « Des rêves mutilés - poursuit Bion - comme un corps solide qui dans la lumière ne projette aucune ombre. » (1975, p. 43)
Par sa conception du rêve, Bion s'inscrit dans le modèle freudien, développe les avancées kleiniennes et ouvre le champ psychanalytique à de nouveaux paradigmes.
Un de ces paradigmes concerne le travail alpha du rêve. Voyons cela de près. Ce concept apparaît en 1958.
Bion a acquis une expérience dans le traitement de patients traumatisés en tant que psychiatre militaire au cours de la Seconde Guerre mondiale. Avec John Rickman, son premier analyste, il a développé le traitement en groupe, étant en charge de la réadaptation d'officiers et de soldats de l'Armée britannique (The Northfield experiment), devenant ainsi le