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« Le malêtre nous dit autre chose que le malaise : que désormais nous sommes en train de vivre un ébranlement qui atteint plus radicalement notre possibilité d'être au monde avec les autres et d'exister pour notre propre fin ; cet ébranlement interroge les dimensions écologiques et anthropologiques de ces mutations. L'être défaille avec ce qui le soutien. » (René Kaës, Le malêtre, 2012)
Chaque époque produit ses formes spécifiques d'aliénation. Notre aliénation occidentale contemporaine peut être envisagée à partir d'un trépied accélération, dissémination, inintelligibilité. La particularité de cette aliénation réside en ce que ses effets en renforcent les mécanismes de production dans une boucle auto-entretenue.
Je me réfère en particulier aux travaux de Harmut Rosa , philosophe s'inscrivant dans la lignée de l'Ecole de Francfort6, et du sociologue Zygmunt Bauman (2005), qui parle de la « société liquide » où la « roue des hamsters » (2010) est devenue le modèle de vie habituel requis pour « exister » socialement.
L'aliénation de l'accélération est liée à une combinaison redoutable qui soumet la rapidité exponentielle des évolutions technologiques aux impératifs productivistes du capitalisme financier - dont l'idéologie consumériste est une composante centrale.
Elle modifie considérablement notre rapport à l'information et à la communication : la permanence et l'étendue des connections internet induit une tendance à l'immédiateté (moins de médiations, de filtres, de secondarisation, de tiers, de mise en liens, en sens et en perspective, de soutien de la capacité critique de discerner le vrai du faux, affectant évidemment l'intelligibilité du monde) ; les technologies de la communication (emails, téléphones mobiles, applications « gratuites » qui poussent à une connexion permanente) induisent un écrasement de la temporalité qui suscite un sentiment