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Face à Louise, ses amies, sa thérapeute, nous lecteurs, ressentons le même étonnement : comment cette femme qui a construit une brillante carrière professionnelle, qui a su faire sa place dans un monde sans doute essentiellement masculin, mettant à profit un potentiel intellectuel certain et une puissance d'action peut-elle sombrer dans une passivité sans limites et s'abandonner sans combattre à celui qui la torture ?
Mon expérience m'a amenée à rencontrer plusieurs Louise présentant cette même organisation double, une évidente, parfois brillante réussite socio-professionnelle, l'accès à une vie de couple et de mère, mais dans l'intimité du couple, une régression sans recours les livre aux manœuvres sadiques parfois perverses de leurs partenaires. J'ajouterai qu'il leur est impossible de se reconnaître dans l'image de femme forte, dynamique, renvoyée par leur environnement, image qu'elles qualifient d'ailleurs d'illusion.
À l'inverse, la créature « invertébrée » engluée dans des états de détresse absolue est au plus proche de leur identité profonde, enracinée dans l'impuissance et la passivité originelles.
On trouve dans la littérature analytique la description de la résurgence, lors de fins d'analyse, d'états archaïques jusque-là silencieux car recouverts par un fonctionnement plus névrotique. Pour Louis, la régression ne surgit pas dans un cadre thérapeutique mais - et c'est le plus fréquent - dans le contexte d'une rencontre amoureuse.
Peut-on parler de mauvaise rencontre ? ou plutôt d'une rencontre qui fait voler en éclats les strates de fonctionnement plus différencié - plus névrotique ? - et fait resurgir les niveaux primitifs de la vie psychique.
On pourrait invoquer un fonctionnement en faux self, mais les faits cliniques me semblent plus complexes et j'opterais plutôt pour la coexistence de noyaux psychiques drastiquement clivés et hétérogènes, agençant des identités paradoxales.
Alors, pour Louise et ses semblables, qu'est-ce qui n'a pas eu lieu ? Où les process