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L'augmentation, depuis une décennie, des pratiques de scarifications chez les adolescents relève d'une réalité sociologique et psychopathologique. À partir d'une expérience clinique en unité d'hospitalisation et en service ambulatoire pour adolescents, nous proposons de réfléchir aux processus engagés dans ces formes d'attaque contre le corps. Si la notion de cruauté est naturellement appelée pour penser ces recours à l'acte qui consistent en une incision volontaire de la peau, la part prise par un rejeton de la cruauté infantile et celle qui reviendrait aux effets d'un surmoi cruel perdent en lisibilité. La cruauté se situe d'abord dans l'expérience adolescente lorsque l'enfant ne parvient pas à préserver un espace pour penser l'absence et le désir. Le recours à l'acte et au corps tente paradoxalement de réassurer un sentiment de continuité narcissique face au vécu d'emprise interne et d'effraction pulsionnelle. Le geste cruel refroidit une haine majorée par l'expérience de la puberté et l'incapacité à se déprendre des premiers objets d'amour. Blesser le corps relève d'une tentative paradoxale d'inscription et d'effacement identitaire sexuel. La cruauté du geste, d'essence narcissique, est une solution précaire qui tente de suspendre les mouvements pulsionnels et identificatoires.