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Au fil des années, je suis devenu de plus en plus sensible, dans mon travail et dans ma vie privée, sociale, à ce qui est de l'ordre du « désastre » (Bion, 1957a, 1957b, pp. 97-98). Aux zones de désastre en nous et autour de nous. Je pense que nous sommes tous porteur d'une zone de désastre et que si nous ne tentons pas de nous en approcher, de l'accepter, cette zone de désastre de notre monde intérieur tend à déborder sur le monde extérieur. Elle peut alors envahir l'environnement - et je pense que la crise environnementale actuelle en est un exemple - à la manière dont elle peut s'actualiser dans une relation thérapeutique quand l'analyste ou le psychothérapeute tombe malade de la maladie de son patient.
Par « désastre », je pense à la trace, en nous, de l'échec d'une rencontre avec des objets qui étaient pour nous d'une importance vitale. La réussite de cette rencontre aurait fait de nous des êtres humains, son échec fait de nous des êtres « non humains », sinistrés et désastreux. Pour le dire autrement, je pense que notre personnalité est constituée de trois zones, de trois « climats » : une zone proto-humaine, une zone humaine, et une zone non humaine. La zone proto-humaine s'ancre dans les profondeurs de notre corps, elle constitue le fond pré-psychique de notre psychisme. La source de nos instincts, dirait Freud. Des objets internes qui n'ont jamais rencontré d'objets externes, dirait Klein. Notre état informe de non-intégration primordiale, dirait Winnicott. Notre espace protomental d'expériences émotionnelles et sensorielles brutes et indifférenciées, dirait Bion. L'important est que cette zone proto-humaine presse, pousse constamment pour être transformée par la rencontre avec un « environnement », par la rencontre avec un être humain susceptible d'humaniser ce qui n'est pas encore humain, mais seulement en attente de le devenir. La réussite ou l'échec de cette rencontre vitale précoce détermine donc notre part d'humani