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(Conférence du 19 mai 1927 au Groupe d'Etudes philosophiques et scientifiques pour l'examen des tendances nouvelles.)
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais vous avouer tout de suite que le sujet de ma conférence n'est pas sans m'embarrasser quelque peu. Il n'est pas facile à exposer. Si encore il s'agissait d'une étude psychologique ordinaire de la vie de Jean-Jacques Rousseau, je n'hésiterais pas ; mais une conférence psychanalytique, c'est différent.
Il faut un entraînement spécial pour rester objectif devant la nudité des choses. Et vous savez aussi bien que moi-même qu'il est de tradition dans notre civilisation de voiler la vérité pour la rendre vénérable et lui donner de la sorte l'auréole de la sainteté, de la virginité.
Ainsi un philosophe quel que soit son génie risque, vu de très près, avec toutes ses faiblesses, de devenir quelque peu ridicule aux yeux de bien plus de personnes qu'on ne serait tenté de le croire. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu « le Rire » de Bergson pour s'en convaincre. Et nous n'avons pas a priori l'intention de dénigrer Rousseau.
Une étude psychanalytique nécessite une mise à nu d'une quantité de faits de la vie intime d'un homme, faits qui risquent d'être au moins choquants pour quiconque n'est pas familiarisé avec la façon psychanalytique de voir l'âme humaine. Vous pouvez me répondre que Jean-Jacques dans ses Confessions n'a pas fait preuve de trop de scrupules quand il s'agissait d'avouer certaines vérités pouvant lui porter préjudice.