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(Conférence faite le 30 novembre 1927 à la Wiener Psychoanalytische Vereinigung en allemand, et en français le 6 mars 1928 à la Société psychanalytique de Paris.)
Nous prendrons pour point de départ un petit problème qui intrigue depuis longtemps tous les chercheurs. Des temps antiques jusqu'à nos jours, et chez la plupart des peuples civilisés, l'ironie populaire attribue au mari trompé des cornes. Or, les cornes sont un attribut de la force, l'attribut même, dans beaucoup d'espèces animales, de la virilité, l'attribut aussi, dans beaucoup de religions, des plus puissants dieux. Par quel détour cet attribue viril en est-il justement venu à symboliser aux yeux populaires la faiblesse, l'aveuglement, l'impuissance du mari trompé?
Car le mari qui se venge et tue, par exemple, n'est pas plus traité de cocu en français, d'Hahnrei en allemand, qu'il n'est, par le peuple, pourvu de cornes. C'est le mari abusé, qui est, par le peuple, qualifié de cornu.
Nous ne saurions mieux poser le problème qu'en citant Hermann Schrader (1). Après avoir passé en revue divers symbolismes de la corne, dont tous plus ou moins montrent la corne comme attribut de force et de puissance, Schrader dit en effet : « Nous avons réservé la plus difficile interprétation pour la fin. On dit d'une femme qui trompe son mari : elle lui met ou elle lui fait porter des cornes, ou bien elle l'a couronné avec les bois d'un cerf (ihn mit einem Hirschgeweih gekrönt).