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Une dame aux allures normales voyage avec son grand fils en Angleterre. Ils voyagent dans l'auto du fils. Sur le bateau entre la France et l'Angleterre, le fils, par erreur, a pris un billet de trop et, par vanité de jeune homme, n'a pas osé, au débarquement, en réclamer le remboursement. La mère, bien que plutôt prodigue en général, se met à regretter cette dépense superflue, mais n'en dit rien, pour ne pas contrarier son fils.
Au premier arrêt, dans le premier hôtel où tous deux vont passer la nuit, la mère remarque sur la toilette un beau savon vert tout neuf. En se lavant les mains avec, elle pense aussitôt: « Je l'emporterai demain matin ! Cela compensera un peu la perte du billet pris en trop ! » Et de fait, le lendemain matin, après s'être servie du beau savon vert pour son bain, la dame le glisse, tout mouillé encore, dans son sac à éponges, avec un sentiment délicieux de conquête.
Au second arrêt pour la nuit, dans une autre ville et un autre hôtel, il y a, sur la toilette, encore un savon neuf. Telle est la coutume des hôtels anglais. « Que de savons j'aurai à la fin du voyage ! » pense la dame; « autant de récupéré sur le prix du billet ! » Mais ce savon-ci est petit, dur, rectangulaire et blanc, moins appétissant que le grand savon vert de la veille. La dame néanmoins, au matin, le glisse dans son sac à éponges. Cependant, avant de refermer ses bagages, elle se sent poussée à dire à son fils: « Ne vas-tu pas emporter le petit savon violet qui est dans ta chambre? Moi, j'emporte les savons des hôtels ici, en Angleterre, où on en met, je les collectionne. » — « Non », répond le fils, mi-sérieux mi-riant,