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Rapport fait à la Ve Conférence des Psychanalystes de langue française.
La névrose est un mal autrement grave que n'affecte de le croire d'ordinaire le grand public. Outre la profondeur des ravages qu'elle apporte dans le caractère et le comportement de ceux qu'elle frappe, son extension parmi les hommes avait jusqu'à hier échappé à l'observation. Elle n'est pas, en effet, une maladie d'exception frappant quelques « loufoques » dont il suffit de dire, en haussant les épaules: « c'est nerveux », mais, à tous les degrés, à tous les stades d'une infinie dégradation, elle sévit parmi nous tous. Il faudrait peut-être chercher longtemps et sans doute en vain avant de rencontrer ce type idéal que tant d'humains se vantent d'être: l'homme absolument normal.
Freud nous l'a fait voir: la névrose est comparable, par son importance et son extension, à la tuberculose. Ce sont là deux fléaux dont, en tant que civilisés, tous les hommes, dès leur enfance, sont atteints, mais dont tous, heureusement, ne meurent pas, et ne restent même pas « pratiquement » malades. Le mal, chez la plupart, guérit spontanément, laissant plus ou moins de cicatrices, tandis que d'autres restent des malades chroniques. Mais si le tableau de la mortalité est moins chargé pour l'un que pour l'autre de ces deux fléaux, celui de l'effective morbidité est bien plus lourd encore pour la névrose.
Plongés dans le milieu pathogène lui-même, atteints du mal nous-mêmes plus ou moins, nous n'avons pas la perspective et pouvons en mesurer difficilement toute la profondeur et l'ampleur. Les frontières entre la névrose et la santé sont d'ailleurs variables et floues, nulle part nettement tracées; les facteurs qui façonnent nos caractères et ses traits sont les mêmes que ceux qui déterminent