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Ce travail est dédié à M. le Professeur FREUD dont la science nous a éclairé et à tous ceux dont la souffrance nous a aidé à comprenare
Après avoir écrit les pages qu'on va lire, nous avons constaté que leur publication donnait lieu à un cas de conscience. La Maison Gallimard, à laquelle nous nous étions adressé, nous a répondu par la lettre suivante :
Monsieur,
M. Robert Aron m'a transmis votre manuscrit sur Baudelaire. Je l'ai lu moi-même et l'ai fait lire par des lecteurs. Ce livre soulève presque un cas de conscience assez délicat. Ceux qui l'ont lu ont rendu hommage à sa valeur d'argumentation et à son mélange de pénétration littéraire et d'intérêt pratique qui en fait l'originalité, mais d'un point de vue sentimental, j'ai rencontré chez les baudelairiens de la maison — ils sont nombreux — une résistance très grande à voir utiliser pour des fins utilitaires, si désintéressées soient-elles, le talent poétique de Baudelaire.
Quoique me partageant pas moi-même absolument cette façon de voir, et ayant parfaitement compris, je crois, le but que vous vous êtes proposé, de telles résistances me rendent difficile de publier votre ouvrage, et je regrette infiniment de ne pas pouvoir cette fois faire figurer votre nom au catalogue de la Librairie Gallimard.
Croyez, Monsieur…
La thèse de cette lettre peut se soutenir indépendamment de toutes les autres considérations que comporte la publication d'un livre par une maison d'édition. En outre, ce n'est pas la première fois que nous rencontrons semblable objection, formulée avec plus ou moins de rancoeur suivant les cas. Aussi voulons-nous d'abord nous expliquer brièvement au sujet du « cas de conscience » dont il s'agit.
Le besoin de diviniser le génie humain a toujours existé. On comprend aisément comment, dans le coeur de beaucoup d'êtres, le poète est arrivé à se substituer aux oracles sacrés des anciens dieux ; comment, en d'autres termes, l'esprit religieux, au cours de son évolution, a fini par faire figurer l