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Au cours d'une analyse, un jeune homme me conte un rêve qu'il fit à l'occasion de la mort de son père.
L'analysé avait à ce moment-là 20 ans et vivait à l'étranger, loin de sa famille. Il apprit la mort subite de son père par un télégramme. Voici ce rêve: « Je vois mon propre visage, comme dans une glace, mais je m'aperçois que c'est le visage de mon père. Je porte sa moustache et, comme lui, j'ai une légère calvitie. » Or le rêveur était glabre et avait une chevelure abondante (1). Notre analysé avait quitté sa famille à la suite de dissentiments sérieux avec son père qui lui reprochait de mener une vie dissipée et tout particulièrement une certaine liaison. Or, de tout temps, il avait été très attaché à son père, mais dans sa manière de vivre, dans ses opinions, dans ce qui l'intéressait et dans ce qu'il admirait, il avait toujours été en opposition avec lui. C'était un de ces hommes dont la rivalité avec leur père ne se traduit pas tant par une lutte ouverte, une hostilité constante envers celui-ci (les dissentiments auxquels nous venons de faire allusion étaient les premiers et les seuls de sa vie d'adulte), mais par la recherche de succès dans d'autres domaines que ceux où excellent leurs pères. L'abandon de la famille et l'expatriement sont d'ailleurs des manifestations de cette solution du complexe d'Œdipe. Les analystes ne seront pas étonnés de trouver que chez cet homme un violent sentiment de culpabilité inconscient se réveillait dans toutes les circonstances où son caractère et ses actes lui conféraient une ressemblance avec son père, et cela surtout lorsque les traits de ressemblance avaient un caractère favorable à ses yeux. On peut définir cet état de choses en disant qu'il ne se donnait pas le droit d'être comme son père, de s'identifier à lui.