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Ce sont les questions les plus simples que nous nous posons le moins, car leur réponse nous paraît évidente. Mais à y réfléchir de plus près, ces réponses simplistes, que nous donnons volontiers aux problèmes qui nous semblent à première vue absurdes, sont souvent fausses.
Si nous nous demandons pourquoi nous étudions, nous répondrons: parce que cela nous intéresse, et nous nous imaginons avoir épuisé le problème. En réalité, il est beaucoup plus complexe que cela. Prenez, par exemple, une série d'ouvrages scientifiques, et voyez comment ils sont écrits. Les uns citent beaucoup d'auteurs; il semble que ceux qui les ont écrits soient obligés de se réfugier derrière l'autorité d'autres savants, tant ils ont peur d'affirmer une opinion personnelle. D'autres, qui expriment la pensée d'au-trui, se gardent de citer leurs sources, trop heureux de se parer des plumes du paon. D'autres ne citent que des auteurs avec lesquels ils sont en désaccord pour avoir le plaisir de les démolir. D'autres enfin vont droit au but, ne s'occupant que de la solution du problème qu'ils se sont posé. Une telle différence d'attitudes montre qu'en tout cas dans l'expression scientifique s'infiltrent des sentiments divers qui n'ont rien à faire avec l'intérêt objectif que nous portons à tel ou tel problème scientifique.
Inversement, lorsque nous étudions tel ou tel sujet, nous y sommes poussés par les mobiles les plus divers. Notre étude sera plus ou moins objective et plus ou moins fouillée suivant les motifs affectifs qui la soutiennent.